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Dorloteurs

Les abeilles des sables

Publié le 24 juin 2021

Vous ne croiserez pas d’abeilles des sables dans votre Dorlotoir. Bien qu’elles soient de celles que l’on appelle les abeilles sauvages, elles nidifient différemment des osmies puisqu’elles creusent dans le sol pour pondre leurs œufs ! Ce ne sont donc pas des abeilles maçonnes ou charpentières, mais des abeilles terricoles. On peut parfois s’inquiéter quand on les aperçoit par dizaines voler en rase-motte dans notre jardin, mais elles sont tout aussi inoffensives que les osmies !

Qu’est-ce qu’une abeille des sables ?

« Abeilles des sables » est le nom donné aux espèces d’abeilles du genre Andrène (Andrena). Elles font partie de la famille des Andrenidés (Andrenidae), qui comporte 466 espèces en Europe. Ces abeilles tirent leur nom de leur habitat : elles s’installent volontiers dans des sols sablonneux, à l’abri des trop fortes chaleurs et du gel. La totalité de ces abeilles sont dotées de « langues courtes ». Cette famille se répartit ensuite dans les genres Andrena, Panurgus, Panurginus, Camptopoeum et Melitturga. On compte en France plus de 150 espèces d’Andrènes. Parmi les plus communes, on peut citer Andrena cineraria ou encore Andrena thoracica.

L’écrasante majorité des espèces du groupe Andrenidae sont oligolectiques. Kézako ? Cela signifie qu’elles butinent spécialement un type de plante ou seulement quelques-uns. Quelques espèces butinent néanmoins plusieurs variétés florales. C’est le cas d’Andrena Cineraria que l’on retrouve sur les pissenlits, le saule ou les renoncules.

abeille des sables Andrena Cineraria avec des grains de pollen sur les poils
Andrena Cineraria avec des grains de pollen sur les poils

Les andrènes sont généralement de couleur brune à noire, et possèdent différentes bandes sur l’abdomen, dont les couleurs varient d’une espèce à l’autre. Comme chez de nombreuses espèces d’abeilles, les mâles sont plus petits que les femelles. Les trochanters (partie située au-dessus du fémur) et les fémurs des femelles andrènes sont souvent pourvus de touffes de longs poils recourbés qui servent à récolter le pollen.

Certaines espèces d’andrènes sont dites bivoltines, c’est-à-dire qu’elles donnent naissance à deux générations durant la même année. Les autres espèces sont monovoltines.

Quelles sont les espèces communes d’abeilles terricoles en Europe et en France ?

Andrena cineraria et Andrena thoracica sont parmi les abeilles des sables les plus faciles à rencontrer en France.

Andrena cineraria, l’abeille cendrée

abeille des sables femelle Andrena coneraria
femelle Andrena cineraria

La femelle Andrena cineraria est pourvue de bandes des poils noires et blanches, d’où le nom cineraria qui signifie «cendré » en latin. Les mâles et les femelles diffèrent physiquement sur quelques points. Le mâle est doté de touffes de poils gris sur l’avant de la face, qu’on appelle les «fovéas». Il possède un thorax entièrement gris et ne dispose pas de corbeilles à pollen. Les corbeilles à pollen sont ces réceptacles situés sur les fémurs des abeilles et qui leur permettent de stocker le pollen pour le transporter. On vous en parlait dans cet article sur la pollinisation. Le mâle est moins grand que la femelle qui affiche en moyenne 10 à 14 mm de longueur contre 7 à 12 mm pour le mâle.

Andrena thoracica, l’abeille au manteau roux

deux abeilles des sables andrènes thoraciques
Deux andrènes thoraciques

L’andrène thoracique (andrena thoracica) se retrouve de l’Angleterre au Kazakhstan, et donc en France. Elle fait partie de ces espèces bivoltines que nous évoquions plus haut. On voit donc éclore 2 générations au cours de la même année. C’est-à-dire que les larves qui ont passé l’hiver en diapause et qui éclosent au printemps vont pondre des œufs qui donneront des abeilles sauvages dès l’été qui suit ! Ce sont les larves issues de ces abeilles nées à l’été qui passeront ensuite l’hiver en diapause.

De taille plutôt grande (de 14mm à 16mm), on peut la reconnaître à son abdomen noir, lisse et brillant. Son thorax lui, est couvert de poils roux. Elle se distingue de la majorité des andrènes par son caractère polylectique. Elle peut butiner de nombreuses espèces végétales différentes, sans préférence particulière. 

Comment les abeilles terricoles font-elles leur nid dans le sol ?

Les abeilles des sables font leurs nids dans le sol, en creusant des galeries se ramifiant vers plusieurs cellules. Elles peuvent nicher en solitaire, mais également en bourgades de plusieurs individus. Elles apprécient tout particulièrement les terrains sableux. On les retrouve souvent dans les carrières, les dunes de sables ou les sols limoneux. Globalement, les andrènes sont observables de fin mars à juillet.

Les nids des abeilles terricoles ont une profondeur comprise entre 25 et 60 cm. Le « couloir » principal descend à la verticale et est à la base de plusieurs ramifications qui contiennent les cellules abritant leur progéniture. Les cellules sont individuelles et séparées par des parois de sable par exemple. L’abeille y dépose une boule de pollen mélangée à du nectar, sur laquelle sera pondu l’œuf, qui deviendra larve pour ensuite se muer en cocon.

Source : Vladimir Radchenko, On the nest structure and trophic links of Andrena chrysopus Pér. (Hymenoptera, Andrenidae)

Comment protéger les abeilles des sables ?

abeille des sables dans son nid

Comme nous l’avons précisé plus haut, les abeilles terricoles, par définition, ne viendront pas nicher dans votre Dorlotoir. Il existe cependant des façons simples d’agir pour leur préservation ! Il faut quand c’est possible leur offrir des sites de nidification adaptés, comme des talus de sable ensoleillés. Si une légère végétation y pousse, c’est encore mieux ! Diversifier la floraison des jardins est aussi un moyen de les satisfaire. D’une année sur l’autre, il y a de fortes chances que ces abeilles réapparaissent. Et évidemment, comme pour protéger nombre d’autres espèces sauvages de notre environnement, il faut bannir l’usage de pesticides.

abeille-pollen-fleur-jaune

Vous le savez certainement déjà, mais faire partie du réseau des Dorloteurs d’Abeilles, c’est favoriser la pollinisation des espèces végétales de notre environnement. La pollinisation est un processus essentiel à la survie de la majorité des espèces terrestres, l’Homme en première ligne. Quel est le rôle des abeilles dans la pollinisation ?

C’est quoi la pollinisation ?

La pollinisation est le terme employé pour désigner le transport du pollen issu des organes de reproduction mâle des plantes à fleurs, vers les organes de reproduction femelle. Ce phénomène peut parfois avoir lieu sans l’action de pollinisateurs comme les abeilles sauvages. En effet, certaines plantes sont hermaphrodites et peuvent donc s’auto-féconder. L’action du vent ou des pollinisateurs permet un brassage génétique, qui lui-même permettra de rendre les plantes plus résistantes en évitant la consanguinité. C’est en allant d’une plante à l’autre que les insectes pollinisateurs permettent la pollinisation et favorisent ce brassage génétique.

Comment les abeilles sauvages pollinisent-elles ?

Les abeilles sauvages, et plus largement tous les pollinisateurs (bourdons, abeilles à miel, papillons …), n’ont pas conscience de participer à la reproduction des espèces végétales quand ils vont de fleur en fleur. Ils sont pourtant essentiels !

Les abeilles sauvages cherchent avant tout à collecter du nectar et du pollen pour se nourrir et nourrir leurs larves à naître. En butinant une fleur, l’abeille sauvage stocke du pollen sur ses pattes, son abdomen ou encore sa brosse ventrale. Or, le transport s’avère si mouvementé que seulement 10% du pollen arriveront à bon port, au nid, tandis que les 90% restant tomberont du corps de l’abeille, en vol, ou lorsqu’elle se posera sur une nouvelle fleur. Tout ceci contribuera à la pollinisation et donc à la reproduction des plantes. 

Les abeilles sont-elles toutes aussi efficaces pour polliniser ?

Comme expliqué plus haut, ce ne sont que 10% du pollen récolté par les abeilles sauvages qui arriveront au nid. Les abeilles à miel, elles, sont mieux équipées pour le transport du pollen. Grâce notamment à des corbeilles à pollen, situées sur leur troisième et dernière rangée de pattes, et permettant de fixer le pollen grâce à des soies recourbées. De plus, les abeilles domestiques agglomèrent le précieux pollen sous forme de boulettes, ce qui accentue sa tenue et réduit la déperdition. En ce qui concerne les abeilles sauvages, ce sont les poils et la brosse à pollen qui servent à capter et transporter le pollen. Cette brosse peut se situer sur les pattes arrière, ou sous l’abdomen pour les espèces de la famille Megachilidae.

Cette fixation précaire du pollen au corps de l’abeille sauvage est l’un des facteurs expliquant la plus grande efficacité de son travail de pollinisation, en comparaison au travail fourni par les abeilles domestiques. Un des autres facteurs est la précocité de certaines espèces ainsi que leur facilité à s’accommoder des intempéries et des basses températures. Suivant les estimations, l’abeille domestique ne sort butiner qu’au-delà de 7 ou 9°C, quand certaines abeilles sauvages peuvent polliniser alors qu’il fait 3°C ! Selon des chercheurs de l’Entomological Society of America, il faut plusieurs dizaines de milliers d’abeilles à miel pour polliniser un hectare de pommiers, quand quelques centaines d’osmies cornues suffisent. Certaines plantes sont exclusivement butinées par des abeilles sauvages. Et parfois par un certain type d’abeille sauvage. On distingue par exemple les abeilles sauvages à langue longue, des abeilles sauvages à langues courtes. Certaines fleurs à corolles ne peuvent être butinées par les abeilles sauvages à langue longue comme celles de la famille Megachilidae.

Quelles sont les menaces qui pèsent sur les populations d’abeilles ?

Tous les superlatifs sont bons pour qualifier l’action des pollinisateurs : primordiale, essentielle, indispensable, capitale… Pourtant, leurs habitats naturels se réduisent comme peau de chagrin, les plantes produisant le pollen ou le nectar dont ils peuvent se nourrir se raréfient ou sont imbibées d’insecticides, des prédateurs étrangers sont importés par l’activité humaine … On ne compte plus les menaces qui pèsent sur eux.

Pour certains agriculteurs vivant dans des zones devenues très pauvres en pollinisateurs, pas d’autre choix que de polliniser à la main ! C’est le cas dans la province du Sichuan, en Chine. Les paysans ont tellement eu recours aux insecticides pour traiter leurs champs, que les abeilles n’ont pas survécu, ou ont vu leur nombre baisser drastiquement. Ils sont alors forcés d’employer des personnes pour grimper dans les pommiers et polliniser manuellement les fleurs, avec des pinceaux par exemple. Triste situation qui, si l’on n’agit pas rapidement, pourra s’étendre à toutes les productions agricoles du monde…

Pourquoi est-il primordial de protéger les pollinisateurs ?

On estime que parmi les plantes les plus cultivées au monde, 80% d’entre elles sont entièrement dépendantes des pollinisateurs pour leur reproduction. Cela signifie que sans les abeilles (qui représentent le groupe le plus actif de pollinisateurs), presque toutes les plantes que nous utilisons pour nous nourrir, nous soigner ou nous habiller disparaitraient ! Finies les salades de melon durant l’été, finis les verres de jus de pomme au réveil et finie la confiture à la fraise sur les crêpes ! Au-delà de devoir abandonner ces petits plaisirs qui font le sel de la vie, cela causerait de sérieux problèmes d’approvisionnement alimentaire pour la population humaine mondiale.

En 2009, des chercheurs ont avancé que l’action des pollinisateurs envers les productions agricoles pouvait être valorisée à hauteur de 153 milliards d’euros par an ! Ces chiffres donnent le tournis et sont la preuve, s’il en fallait encore une, de l’importance de la préservation des pollinisateurs.

Comment protéger les pollinisateurs ?

Pour pallier cette baisse des populations de pollinisateurs, on peut par exemple choisir de dorloter des abeilles sauvages grâce à un Dorlotoir. Plus nous serons nombreux dans cette aventure, et plus la fleur de l’espoir grandira pour les populations d’abeilles sauvages !

Merci aux Dorloteurs et Dorloteuses qui nous ont envoyé des photos de leurs abeilles, qui illustrent cet article !

Nous sommes désormais en plein mois de mars, les jours rallongent et on peut enfin ôter une couche de vêtements lorsque l’on sort dehors. Ce mois marque aussi le début de la haute saison pour les abeilles sauvages ! Votre Dorlotoir est enfin installé et parmi les abeilles que vous avez le plus de chances d’accueillir, il y a l’Osmie Cornue (Osmia Cornuta) et l’Osmie Rousse (Osmia Rufa). Bien qu’appartenant toutes deux au genre des osmies, elles présentent de légères différences.

Reconnaître l’osmie cornue (osmia cornuta)

L’osmia cornuta, ou osmie cornue, mesure de 8 à 15mm. On la reconnaît facilement à son corps trapu, à la pilosité rousse de son abdomen et aux poils noirs de son thorax ainsi que de sa tête. On peut faire la différence entre un mâle et une femelle car le mâle est bien plus petit et a des poils blancs sur la face. Sur la photo ci-dessous, capturée par l’un de nos Dorloteurs d’abeilles (merci Laurent !), on distingue bien le toupet de poils blancs du mâle osmia cornuta.

osmie cornue mâle et femelle (osmia cornuta)
Couple d’osmies cornues (osmia cornuta)

Comment se comporte l’osmie cornue ?

On peut apercevoir les osmies cornues entre mars et juin. Mais il est possible d’en observer plus tôt, si les matinées sont douces, aux alentours de 12 degrés. Particulièrement friande de rosacées (pommiers, poiriers etc) et de fabacées (comme le trèfle), sa capacité pollinisatrice est très recherchée dans les cultures d’arbres fruitiers. Il n’est en effet pas rare de voir des nichoirs à abeilles sauvages près des vergers. Une fois tous ses œufs pondus, l’osmie clôture son nid avec de la terre humide. Et, parce qu’elle est très maligne, elle fait souvent en sorte de camoufler l’entrée de son nid en dosant habilement les éléments qu’elle mélangera pour obtenir cette terre maçonnée.

Des nids d’osmies dans un Dorlotoir

Reconnaître l’osmie rousse (osmia rufa)

Quelques jours ou semaines après la sortie des osmies cornues, on assiste à la sortie des osmies rousses. L’osmia rufa, ou osmie rousse, mesure de 8 à 12mm. Elle arbore des couleurs légèrement différentes de celles de sa cousine cornue. Les poils de son abdomen sont plus sombres et ceux de son thorax sont plus clairs, dans des tons brun roux.

Une osmie rousse (osmia rufa)

Comment se comporte l’osmie rousse ?

L’osmie rousse est elle aussi très efficace pour la pollinisation des arbres fruitiers. Pour construire les parois de son nid, elle s’en va récolter de la terre argileuse aux alentours du lieu choisi et a le même mode opératoire que l’osmie cornue.

Pour savoir quelles plantes privilégier dans un jardin aromatique pour permettre à ces deux espèces d’abeilles de se nourrir, lisez notre article à ce sujet 😊

Bonnes observations à toutes et tous !